Cookie Clicker : mes outils

octobre 2022 → décembre 2025

Code source (site)Code source (extension)

Cookie Clicker est un jeu où l'on clique sur un cookie. C'est tout, et c'est ce qui en fait la blague de départ. Puis on achète un curseur qui clique à notre place, une grand-mère qui cuisine, une ferme, une mine, un portail vers une autre dimension, et on se retrouve trois ans plus tard avec une sauvegarde qu'on n'a jamais abandonnée.

J'y ai joué au collège, comme beaucoup de gens à l'époque. J'y suis revenu bien plus tard, et j'ai fini par acheter la version Steam. Entre-temps, j'en ai tiré deux outils, à trois ans d'écart, qui racontent assez bien mon rapport au jeu et ce que je savais faire à chaque époque.

Un jeu bien plus profond qu'il n'en a l'air

Sous la blague, il y a une mécanique dense. Des dizaines de bâtiments à faire monter, des améliorations, des succès, et surtout l'ascension : on sacrifie sa partie pour repartir de zéro avec un bonus permanent. À cela s'ajoutent de véritables mini-jeux, dont un jardin où l'on croise des plantes, une bourse, un panthéon et un grimoire de sorts.

C'est aussi un jeu qui parle aux développeurs. Il tourne dans le navigateur, tout est en JavaScript, et le jeu ne s'en cache pas : il finit même par vous vendre un bâtiment qui s'appelle « Javascript console ». Il expose une véritable interface de modding, avec laquelle la communauté a construit des extensions entières, et un wiki immense recense chaque plante, chaque probabilité, chaque recette de croisement. Une partie du plaisir consiste à lire cette documentation autant qu'à jouer.

La période où je trichais

Cette transparence a une conséquence : tricher est trivial. L'état du jeu vit dans un objet JavaScript accessible depuis la console du navigateur, et il suffit d'une ligne pour s'offrir un milliard de milliards de cookies ou débloquer ce qu'on veut. Des sites entiers listent ces commandes.

J'ai commencé comme ça. Console ouverte, commandes copiées, tous les outils possibles à côté. Le jeu, lui, n'est pas dupe : il attribue dans ce cas un succès caché dont le nom résume bien la chose, « Cheated cookies taste awful ».

Au bout d'un moment, ça m'a lassé. Une partie où l'on peut tout obtenir en une ligne n'a plus grand intérêt. J'ai donc laissé tomber cette sauvegarde et j'en ai recommencé une propre, le 3 octobre 2022, sans jamais retoucher à la console. C'est celle que je joue encore.

Ma première extension, trois jours plus tard

Le 6 octobre 2022, soit trois jours après avoir démarré cette partie, j'ai écrit ma première extension de navigateur.

Le principe des cookies dorés est simple : ils apparaissent à intervalles aléatoires, restent quelques secondes, et donnent un bonus important si on les clique. Il faut donc garder un œil sur l'écran en permanence, ce qui est le contraire de ce qu'on demande à un jeu qui tourne en fond.

L'extension fait dix lignes. Elle cherche en boucle les éléments portant la classe des cookies dorés et les clique. Rien de plus, et honnêtement rien de brillant : la boucle tourne à la fréquence maximale du navigateur, sans le moindre délai, ce qu'aucune personne un peu expérimentée n'écrirait. Elle ne fonctionnait que sur Firefox et il fallait la charger à la main à chaque session, en module temporaire.

Elle appartenait encore à ma période « je m'aide de tout », et j'ai fini par arrêter de l'utiliser en même temps que le reste. Elle reste ma première rencontre avec le format des extensions, celui que je retrouverai bien plus tard sur des projets autrement plus ambitieux.

Ce que dit ma sauvegarde

Ma partie actuelle
Démarrée le 3 octobre 2022, soit environ 1 390 jours
Ascensions 13
Bâtiments possédés 15 500
Cookies produits en tout 7,75e+61
Cookies dorés cliqués 5 182 au total, 1 sur les 108 derniers jours
Jardin niveau 11, 34 graines sur 34

La dernière ligne des cookies dorés est la trace la plus nette de mon changement d'habitude. Sur l'ensemble de la partie, plus de cinq mille clics ; sur les cent derniers jours, un seul. Je ne surveille plus l'écran et je n'automatise plus rien, je laisse tourner.

Statistiques générales de ma partie Cookie Clicker

Le jardin, le mini-jeu qui méritait un outil

Le jardin est le mini-jeu le plus retors. On dispose des plantes sur une grille, et deux plantes voisines peuvent en faire apparaître une troisième, avec une probabilité qui dépend de l'espèce, du type de sol et de la maturité. Certaines espèces contaminent leurs voisines. Débloquer les trente-quatre graines demande d'enchaîner les croisements dans le bon ordre, avec les bonnes dispositions, en attendant des cycles de plusieurs minutes.

Le faire de tête est fastidieux, et jongler entre le wiki et le jeu l'est tout autant. En 2025, j'ai donc construit un guide interactif : la liste complète des graines, la recette de croisement de chacune, les dispositions à adopter, les propriétés de chaque sol, les pièges de contamination, et un suivi de ce qu'il reste à débloquer.

Contrairement à l'extension, cet outil ne joue pas à ma place. Il ne fait que rassembler et présenter une information qui existe déjà, comme le ferait un wiki mieux rangé. C'est ce qui explique que je l'aie utilisé sans état d'âme, et il m'a effectivement servi à compléter mes trente-quatre graines.

Le planificateur de jardin, avec les 34 graines débloquées

Un projet d'une journée, assumé comme tel

Le site a été écrit en une seule journée : l'essentiel des commits date du 1er juillet 2025. Le socle est volontairement minimal, Next.js, Tailwind et quelques primitives d'interface, sans bibliothèque de gestion d'état ni client de requêtes.

La page d'accueil annonce d'ailleurs dix outils, dont un calculateur de production, un optimiseur de bâtiments et un assistant pour la bourse. Un seul existe vraiment, celui du jardin, le seul dont j'avais réellement besoin. Les neuf autres sont restés à l'état de titres.

C'est un peu la leçon du projet : savoir dimensionner l'effort à l'enjeu. Un outil pour un jeu de navigateur n'a pas besoin d'architecture en couches, de tests d'intégration ni de chaîne de déploiement. Reconnaître qu'un projet est petit et le traiter comme tel évite de passer trois soirées à construire l'échafaudage d'une maison qui tient en une pièce.

Trois ans entre les deux

Dix lignes dans un fichier en 2022, une application complète en une journée en 2025 : le même jeu aura servi de terrain aux deux, à des moments très différents de mon apprentissage.

L'extension de 2022 est aussi celle qui m'a donné les réflexes que j'ai réutilisés bien plus tard sur un projet autrement plus complexe, un bot pour Microsoft Rewards, où il ne s'agissait plus de cliquer un cookie mais de faire croire à un site que personne n'automatisait quoi que ce soit.

Quant à la partie, elle tourne toujours, sans commande dans la console.

Technologies utilisées